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Quand la musique sonne dans les tranchées

C’est bien connu, la musique adoucit les moeurs… Pendant la Grande Guerre, elle a surtout permis à des milliers de soldats d’oublier l’horreur l’espace de quelques notes.


Article publié le 21 novembre 2018

Des instruments de fortune pour survivre à l'enfer

Le centenaire de l’Armistice est l’occasion de rendre hommage aux combattants héroïques de la Grande Guerre. Des hommes d’exception engagés dans un conflit sanglant qui bouleverse le monde. Des soldats pris au piège d’une guerre dont la violence les traumatise… quand elle ne leur coûte pas la vie.  
Face à l’ignominie des combats et aux conditions de vie extrêmes, la musique est un besoin vital, un formidable exutoire à l’infâme réalité. Pour lutter contre la peur qui les paralyse et ne pas sombrer dans la folie, les hommes fabriquent des instruments de fortune à partir de rien, d’authentiques trésors d’ingéniosité qui sont autant de créations étranges mais fantastiques. Ils improvisent des guitares avec des emballages d’obus, des violoncelles avec des caisses de munitions, des banjos dans des gourdes en métal ou encore des mandolines dans des boîtes de conserve. 
Avides de partage et d’échange, ils organisent des concerts au sein même des tranchées pour se distraire et couvrir le fracas de la guerre. Maurice Maréchal, jeune violoncelliste de 22 ans, fait partie de ces soldats musiciens qui divertissent les troupes. Premier prix du Conservatoire de Paris, il est promis à une belle carrière de concertiste lorsqu’il est mobilisé le 1er août 1914. Il passera toute la guerre au front. Deux de ses camarades d’infortune, Antoine Neyen et Albert Plicque, menuisiers de profession, lui taillent un violoncelle dans une caisse de munitions allemandes et des morceaux de porte en chêne. Un instrument rudimentaire surnommé « Le Poilu » qui ne le quittera jamais. Il survivra même aux offensives ennemies et aux intempéries climatiques. Il est aujourd’hui exposé au Musée de la Musique à Paris.

 

Quand la musique rassemble les deux camps

Dans l’horreur des tranchées, le pouvoir de la musique se montre parfois bien plus fort que la guerre…  
1er juin 1915... Sur le Chemin des Dames, en première ligne du front, la nuit tombe lentement sur les deux camps. Le secteur est calme depuis le bombardement allemand de l’après-midi. 
Léon Pommiès, 24 ans, et son ami Jacques s’affairent à fortifier les tranchées françaises lorsque l’ennemi se fait entendre. Par pure provocation, Jacques entonne l’hymne allemand de l’époque « Deutschland über ales », « L’Allemagne par-dessus tout ». En face, un long silence précède un tonnerre d’applaudissements enthousiastes. Le soldat allemand, Adolph Vollmann répond en chantant La Marseillaise dans un français parfait. 
De part et d’autre, ils consentent à faire une trêve et se retrouvent en lieu sûr dans un trou d’obus. Après une poignée de main chaleureuse, ils interprètent à l’unisson la célèbre « Sérénade » de Franz Schubert. L’espace d’un court instant, ils oublient la guerre et goûtent en paix un peu de chaleur humaine. Le jeune sergent allemand Carl Peitz partage ses maigres victuailles avec Léon, quelques saucisses, des cigarettes, de la bière et ce fameux vin français qui réchauffe les veines et le coeur. Nul ne le sait encore mais une solide amitié se noue sur ce champs de bataille… 
Carl griffonne son adresse sur la vieille photo de sa mère et les deux soldats font le serment de se revoir après la guerre. 
À la fin du conflit, en 1918, ils entament une longue correspondance. Ils ne se reverront qu’en 1936 à Ratingen en Allemagne. Folles retrouvailles. Les familles sympathisent et leur amitié résiste au temps. Aujourd’hui, des petits-fils aux arrière-arrière-petits-fils, tous, continuent d’entretenir les liens. Dominique Delluc, le petit-fils de Léon, a retranscrit cette histoire dans un livre « Les amis d’en face » traduit en allemand par la petite-fille de Karl.  
Une amitié de plus de 100 ans née dans un trou d’obus pendant la Première Guerre Mondiale grâce à une Sérénade de Schubert